Suivre son patrimoine dans Excel, pas à pas
Lister ses actifs et ses dettes, calculer son patrimoine net, tenir un historique mensuel : le tutoriel complet pour suivre son patrimoine dans Excel.
Un tableur reste la meilleure façon de commencer à suivre son patrimoine. Il est gratuit, il ne demande l'accès à aucun compte, et il oblige à faire ce que personne ne fait spontanément : regarder tous ses chiffres au même endroit, à date fixe.
Encore faut-il que le fichier tienne plus de trois mois. La plupart des tableaux de suivi meurent de la même façon : trop de colonnes au départ, des formules qui cassent au premier copier-coller, un historique qui se réécrit tout seul. Ce tutoriel décrit une méthode qui évite ces pièges, étape par étape. Il s'appuie sur notre modèle Excel gratuit de suivi de patrimoine, que vous pouvez télécharger pour suivre en parallèle, ou simplement reproduire dans votre propre fichier.
Ce que vous allez construire
Un bon fichier de suivi tient en trois onglets, plus un mode d'emploi :
- Patrimoine : une ligne par compte, placement, bien ou crédit. C'est le seul onglet que vous remplissez.
- Synthèse : le patrimoine net, la répartition des actifs, ce que détient chacun dans le couple et quelques repères. Tout s'y calcule seul.
- Suivi mensuel : une ligne par mois et la courbe du patrimoine net.
Le modèle ajoute un onglet « Lisez-moi » et des exemples fictifs pour montrer comment remplir : effacez-les avant de commencer. Il ne contient aucune macro et s'ouvre aussi dans Google Sheets (déposez-le dans Google Drive, puis « Ouvrir avec › Google Sheets »).
Étape 1 : lister ce que vous possédez et ce que vous devez
Ouvrez l'onglet « Patrimoine » et créez une ligne pour chaque élément, actifs et dettes dans le même tableau. Pour chaque ligne, quatre informations comptent :
- Nom : « Livret A », « PEA courtier », « Appartement Lyon »… ce qui vous permet de retrouver le relevé ;
- Type : choisi dans une liste, il décide de la rubrique de la ligne et de son sens (actif ou dette) ;
- Propriétaire : moi, conjoint ou commun ;
- Valeur : le montant du jour, en euros.
Le modèle propose 23 types rangés en sept rubriques : liquidités et épargne (compte courant, Livret A, LDDS, LEP, PEL), placements en bourse (PEA, compte-titres, actions), assurance-vie, épargne retraite (PER), immobilier, SCPI et autres actifs (crypto, or physique, private equity, véhicule, objet de valeur). Les crédits immobilier, auto et à la consommation comptent comme des dettes. Cent lignes sont prêtes, ce qui laisse de la marge.
N'oubliez rien de ce qui a une valeur ou se doit : le compte courant qui dort, le PEL ouvert il y a quinze ans, le prêt auto. Mais ne détaillez pas plus que nécessaire : une ligne par enveloppe suffit, pas une ligne par fonds.
Étape 2 : donner une valeur à chaque ligne
Pour les comptes et les livrets, le solde du relevé fait foi. Pour un PEA, un compte-titres ou une assurance-vie, prenez la valeur de rachat ou de marché affichée par l'établissement, pas la somme de vos versements.
Pour un crédit, la règle est simple et souvent mal appliquée : saisissez le capital restant dû, pas le montant emprunté ni le total des mensualités restantes. Il figure sur le tableau d'amortissement ou dans votre espace bancaire.
L'immobilier est la ligne la plus délicate. Retenez une estimation réaliste du prix auquel le bien se vendrait aujourd'hui, et tenez-vous-y : le prix d'achat vieillit vite, et un prix rêvé gonfle le patrimoine d'un trait. Notez dans la colonne « Note » d'où vient le chiffre.
Enfin, renseignez la colonne « Mis à jour le ». Elle paraît accessoire ; c'est elle qui vous dira, dans six mois, quelles valeurs sont périmées. Dans le modèle, la date passe en orange au-delà de 45 jours.
Étape 3 : calculer le patrimoine net
Le patrimoine net, c'est ce que vous possédez moins ce que vous devez. Dans un tableur, la façon la plus robuste de le calculer n'est pas d'additionner des cellules une à une, mais de laisser une colonne « Sens » dire si chaque ligne est un actif ou une dette, puis d'additionner par condition :
=SOMME.SI.ENS(D6:D105;I6:I105;"Actif")-SOMME.SI.ENS(D6:D105;I6:I105;"Dette")
Ici, la colonne D porte les valeurs et la colonne I le sens, sur les lignes 6 à 105. Le sens lui-même se déduit du type par une RECHERCHEV dans une petite table cachée qui associe chaque type à sa rubrique et à son sens. Résultat : vous ajoutez une ligne, vous choisissez un type, et elle se range toute seule du bon côté. Aucune formule à réécrire.
Le même principe donne la répartition (SOMME.SI.ENS sur la rubrique) et ce que détient chacun, avec deux critères :
=SOMME.SI.ENS(D6:D105;C6:C105;"Commun";I6:I105;"Actif")-SOMME.SI.ENS(D6:D105;C6:C105;"Commun";I6:I105;"Dette")
Avec les exemples fictifs du modèle, cela donne 449 500 € d'actifs (un compte joint, un Livret A, un PEA, une assurance-vie, un appartement), 185 000 € de crédit immobilier restant dû, soit 264 500 € de patrimoine net. Si vous voulez vérifier votre chiffre une première fois, le calculateur de patrimoine fait le même calcul en ligne. Et pour les subtilités de la définition, voyez comment calculer son patrimoine.
Étape 4 : tenir un historique mensuel
Un patrimoine net isolé ne dit pas grand-chose. Sa trajectoire, si. L'onglet « Suivi mensuel » reçoit une ligne par mois : la date, le total des actifs, le total des dettes. Le patrimoine net, la variation sur le mois et la variation depuis le début se calculent seuls, et la courbe suit.
Un piège, un seul, mais il ruine les historiques : recopiez les deux totaux en valeurs, avec Collage spécial › Valeurs. Si vous collez la formule, la ligne d'août affichera en septembre les chiffres de septembre, et tout l'historique bougera avec eux.
Dans le modèle, les trois mois d'exemple montrent l'idée : 253 700 € en août, 259 350 € en septembre, 264 500 € en octobre. Les actifs montent, la dette baisse à chaque mensualité, et le patrimoine net progresse de 10 800 € en deux mois sans qu'aucune ligne ne soit spectaculaire.
Étape 5 : lire la répartition et les repères
L'onglet « Synthèse » montre la répartition de vos actifs en anneau, par rubrique, et trois repères :
- Endettement : dettes divisées par actifs. Dans l'exemple, 185 000 € pour 449 500 €, soit environ 41 %.
- Épargne disponible : la part des liquidités et des livrets dans vos actifs.
- Plus grosse ligne : le poids de votre actif le plus important, une mesure de concentration. Pour beaucoup de ménages, c'est la résidence principale, et c'est normal.
Ce sont des repères de lecture, pas des seuils à atteindre : ils dépendent de votre âge, de vos projets et de votre résidence principale. Leur intérêt est de bouger, ou de ne pas bouger, d'un mois à l'autre. Pour aller plus loin sur ce que mesure ce chiffre, notre article patrimoine net : définition détaille ce qui y entre et ce qui n'y entre pas.
La routine des dix minutes par mois
Une fois le fichier construit, l'entretien est court, à condition d'être régulier :
- Choisissez une date fixe, par exemple le premier week-end du mois.
- Ouvrez vos relevés et mettez à jour la colonne « Valeur ». Dans le modèle, seules les cellules dorées sont à remplir.
- Mettez à jour la date des lignes que vous avez vérifiées.
- Dans « Suivi mensuel », ajoutez une ligne et recopiez les deux totaux en valeurs.
- Jetez un œil à la synthèse : un repère qui a bougé sans raison signale souvent une saisie erronée.
Le bien immobilier n'a pas besoin d'être réestimé chaque mois ; une fois par an suffit, sauf événement. Le capital restant dû, lui, baisse à chaque échéance.
Les erreurs qui faussent le tableau
Compter l'immobilier brut sans le crédit. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus lourde. Un appartement de 350 000 € financé à crédit ne vous rapporte pas 350 000 € de patrimoine : dans l'exemple du modèle, il reste 185 000 € à rembourser. Inscrivez toujours le crédit sur sa propre ligne, avec le capital restant dû.
Oublier le propriétaire dans un couple. Sans colonne propriétaire, impossible de savoir ce que détient chacun, ni d'y voir clair le jour d'une donation, d'une séparation ou d'une succession. Et si chacun tient son propre fichier, le compte joint et l'appartement commun finissent comptés deux fois. Un seul fichier pour le foyer, avec « moi », « conjoint » et « commun » ; notre article sur la gestion du patrimoine en couple va plus loin.
Laisser vieillir les valeurs. Une assurance-vie mise à jour il y a huit mois fausse le total sans que rien ne le signale. C'est le rôle de la date de mise à jour : une ligne orange est une ligne à revoir.
Coller des formules dans l'historique. Voir l'étape 4 : un historique en formules n'est pas un historique.
Garder les exemples. Les lignes fictives du modèle sont là pour montrer comment remplir ; laissées en place, elles s'ajoutent à vos chiffres.
Quand le tableur ne suffit plus
Le tableur fait très bien certaines choses : la liberté totale de structure, la gratuité, aucune donnée chez un tiers, et l'habitude de regarder ses chiffres chaque mois. Il suffit tant que votre patrimoine tient en une vingtaine de lignes que vous mettez à jour vous-même.
Il devient pénible quand il faut deviner la valeur d'un bien immobilier, ressaisir les cours des actions, tenir à jour soi-même la fiscalité de chaque enveloppe, suivre les loyers et les charges d'un bien locatif, ou partager le fichier à deux sans écraser le travail de l'autre. Nous avons détaillé ces limites dans pourquoi Excel ne suffit plus.
Ce jour-là, rien n'est perdu. Le modèle s'importe tel quel dans Patrice, gratuitement : Réglages › Import & export › Importer. Patrice reconnaît les colonnes Nom, Type, Propriétaire et Valeur, repère vos crédits comme des dettes, et vous montre chaque ligne avant de la créer ; le fichier est lu dans votre navigateur. Les onglets de synthèse et de suivi sont ignorés. Patrice reprend ensuite ce qu'un tableur fait mal : la valeur du bien estimée d'après les ventes réelles, les cours mis à jour seuls, la fiscalité française, la gestion locative et le partage à deux.
En résumé
Suivre son patrimoine dans Excel tient en cinq gestes : une ligne par actif et par dette, des valeurs datées, un patrimoine net calculé par SOMME.SI.ENS, un historique recopié en valeurs chaque mois, et un coup d'œil à la répartition. Le reste est de la régularité.
Pour démarrer sans construire le fichier vous-même, téléchargez le modèle Excel gratuit de suivi de patrimoine : sans inscription, sans macro, et prêt à être importé dans Patrice le jour où vous en aurez besoin.